Lettre à l'ami que j'ai abandonné 20 nov 09

                   La querelle des Anciens  et des  Modernes

Cher JEKYLL,

Te souviens-tu ?

Dimanche 9 octobre 2005. Sortie à la plage de LA TORCHE.

Comme nous sommes sans mors, ainsi que nous pratiquons depuis que je t’ai libéré de la chiourme, le moniteur en charge de notre groupe  proteste au gérant qu’il refuse de nous prendre sous sa responsabilité. Le gérant -de plus méchante humeur encore que d’habitude parce que c’est son jour de congé - et peut-être par dépit de se voir prévenu  par un élève moniteur sur une question de sécurité - le gérant  se rue  sur nous : « Je t’ai laissé faire ça au centre, mais ici, il n’en est pas question. Vous allez foutre la m… dans le groupe. Avec accidents garantis pour les cavaliers.

- Pas de souci, réponds-je instantanément : je resterai  près des camions à faire brouter JEKYLL. »

Je n’ai pas beaucoup d’expérience de ces sorties en groupes et je m’en rapporte à ceux qui sont censés savoir.  

Mais il se ravise soudain : « Après tout, vas-y ! Et tu verras ce qui arrivera. Et tu ne viendras pas te plaindre après »… 

La balade se passe comme un charme. JEKYLL est parfaitement à mon écoute malgré le vent, les vagues, les cerfs-volants et autres rencontres. Vivent les méthodes douces !

Au  réembarquement des chevaux dans le camion, le dépit du gérant a viré au massacre. Je suis harcelé de  «GROUILLE-TOI !» pendant qu’il me regarde attacher JEKYLL.

De retour au centre quelques minutes après le camion, je récupère JEKYLL saignant du front et des jarrets. Sous le choc je me retourne vers le gérant-chauffeur.  Je l’ai vu jadis très excité de rouler dans le rouge pour peu que la pente de la route s’y prêtât. Et comme c’est toujours le cas avec un interlocuteur à court d’arguments, c’est par des hurlements qu’ il me répond que « si  je ne suis pas content on ne nous emmènera plus en balade »…

Deux heures plus tard, je recroise de loin l’olibrius qui me lance : «Au lieu de  t’en prendre aux autres, tu aurais mieux fait de te demander si ce n’était pas toi le responsable… Tu l’avais mal attaché. »

Je suis effondré… C’est donc moi qui ai blessé mon ami !

Il faudra plusieurs jours avant que je ne réalise qu’il avait fallu bien du temps à cet individu pour éructer de cette raison qui, énoncée en son temps, aurait pourtant immédiatement coupé court à mes accusations. Lui, toujours si rapide à vous inventer  des torts, il avait  tenu là, pourtant, entre ses mains, et comme tombé du ciel - sans qu’il eût même besoin, pour une fois, de mentir - quelle aubaine ! - le foudre  même de Zeus. Et encore, lui si soucieux  de son autorité, et si peu maître de lui, il aurait pu se retenir ainsi de me confondre publiquement ? 

T’avais-je vraiment mal attaché, JEKYLL ?

                                                                  °°°°°°°

Quelques semaines plus tard,  nous nous voyons refuser l’embarquement pour une nouvelle sortie. Au motif, bien sûr, de mes précédents reproches. Je proteste : « Mais tu m’avais VU attacher JEKYLL ce dimanche-là. Et même bien regardé. Et même bousculé -parce que  je ne me «grouillais» pas assez. Pourquoi  ne m’as-tu pas plutôt fait remarquer que je l’attachais mal ?     

- J’ai autre chose à foutre qu’à vérifier comment les cavaliers attachent les chevaux. »

                                                                   °°°°°°° 

Je m’étais souvent étonné de ce que ce gérant m’eût, dès mon achat de JEKYLL - et sans que cette question eût même jamais été abordée  -laissé, au centre – y compris en reprises - le monter sans mors – alors que c’était peut-être en effet hasardeux et qu’il passait son temps à dénigrer cette pratique.    

Cette malheureuse affaire -et les aggravations ultérieures de nos rapports au fur et à mesure de mes progrès en amitié et confiance avec JEKYLL - me convainquirent qu’il avait tout simplement espéré que nous finirions bien un jour par nous y casser la figure. Et, avec nous, du même coup, les méthodes douces exécrées.  Et qu’un responsable de centre qui peut prendre le risque d’envoyer tout un groupe à une catastrophe annoncée par lui comme  certaine, est bien capable de donner ensuite, par dépit d’avoir vu ses prédictions démenties, un petit coup de pouce aux événements. Au moins par son silence sur une attache défec…tueuse.

                                                                   °°°°°°°

Dès nos premiers essais dans la pratique des « 7 jeux », nous avions senti que cette  approche douce des chevaux allait rencontrer bien des  résistances et des oppositions. Et, de fait, nous avons dû finir par nous cacher pour «jouer» ! Comme les premiers chrétiens se réfugiaient dans les catacombes pour pratiquer leur culte ! Le dieu jaloux n’est pas près de céder la place au dieu d’amour. Ni l’ignorance au plus élémentaire bon sens. Dans la relation de l’homme et du cheval, ce n’est pas le cheval qui fait problème. Celui qu’il faut  « dresser » c’est le cavalier. Surtout « celui à qui fut donné le pouvoir de ravir la paix de la terre pour qu’on s’entretue » (Ap 6.4).

                                                                                                              François Timmerman

                                                                                                              -Et Saint J. L'Apocalypse