Lettre à l'ami que j'ai abandonné
Stud-book, s’il vous plait !
Cher JEKYLL,
Vu au zapping de Canal+ du 04.01.2010, extrait de Ushuaia Nature : une femme indienne donne en même temps le sein droit à son enfant et le gauche à un bébé antilope. « Dans l’enceinte d’une maison Vishnoï il n’est pas rare qu’une femme donne le sein à une très jeune antilope orpheline pour lui éviter la mort. Le bébé antilope se retrouve traité à l’ÉGAL d’un être humain. L’HARMONIE entre l’homme et l’animal est à son comble comme l’exige la PHILOSOPHIE et les PRINCIPES DE VIE de cette communauté du désert. » (C’est moi qui souligne).
Réaction de l’invité de l’émission, Ministre de l’Émigration et de l’Identité Nationale : « Je ne suis pas sûr que ce soit une image de l’harmonie absolue entre l’homme et la nature. L’humanisme, c’est… L’Homme d’abord… dans son environnement ».
Le Ministre, après avoir d’abord mimé de ses mains la pose devant lui de deux (id) entités distinctes, l’homme d’une part et l’animal de l’autre, leur a ensuite opposé L’Homme … au centre… de confuses dépendances. « Ils viennent jusque dans nos bras-té-éter nos mè-res -nos compa-----gneues », nouvelle version de la Marseillaise ?
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On a longtemps cru que le monde avait été tiré en six jours d’un chapeau de magicien il y avait six mille ans, comme le raconte le poème de LA GENÈSE. Que toutes les espèces avaient alors été créées et fixées une fois pour toutes. Et que l’homme était le sommet, l’aboutissement, la cerise sur le gâteau de cette création.
Et puis, en 1831 un homme que les traditions de son milieu destinaient à être pasteur mais qui se passionnait plutôt pour la nature, s’embarqua pour un tour du monde de cinq ans. En Amérique du sud il fut intrigué par des fossiles d’animaux géants qui présentaient de grandes ressemblances avec des tatous encore vivants. Et par de grandes ressemblances entre certaines formes fossiles successives. Il en conçu que les espèces n’étaient pas fixes. Qu’elles se transformaient au cours des âges et donnaient naissance à d’autres espèces également transitoires. Que ces transformations n’étaient pas le fait d’une volonté supérieure mais des hasards géologiques et climatiques. Que l’homme n’était donc pas la finalité de la vie mais une de ses modalités parmi des milliards de milliards d’autres. Et enfin que tout ce qui était provenait d’une même cellule originelle. Que nous étions donc tous cousins.
Tous POUSSIÈRES D’ÉTOILES, selon la lumineuse carte d’identité que délivrera plus tard HUBERT REEVES à tout ce qui est. Et François d’Assise disait en son temps « Mes frères les oiseaux, ma sœur la mouche… »
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La publication, il y a cent-cinquante ans, de L'ORIGINE DES ESPÈCES, est un des moments les plus forts de l’histoire des sociétés. En effet, si les choses n’avaient pas été arrêtées une fois pour toutes, si elles évoluaient, c’est tout l’ordre social qui pouvait être remis en question. Si les Maîtres du monde ne tenaient pas leur pouvoir d’une instance supérieure, alors ce pouvoir pouvait leur être dénié ! Quand Lady Worcester, dont le mari était archevêque, crut comprendre -des débats suscités par la parution de la thèse de DARWIN -que l’homme descendait du singe, elle se récria : « POURVU QUE CELA NE SOIT PAS VRAI, MAIS SI CELA L’ÉTAIT, PRIONS POUR QUE NOS GENS NE LE SACHENT PAS ! » Et aujourd'hui encore les créationnistes professent que le melon a été prédécoupé en tranches pour être mangé en famille. Et certains cavaliers, que les barres ont été pensées pour le passage du mors.
Et pourtant quelle merveille, quel véritable miracle pour le coup, que cette histoire d’une vie en permanente transformation. Avec sa fantaisie. Son imagination si fertile. Intarissable. Autant d’espèces sur la terre que d’étoiles au firmament. Des milliards d’espèces toutes issues les unes des autres. Et, pour nous qui l’aimons, l’espèce cheval ! L’enfant préféré de la Nature !
Et surtout quelle chance que les choses bougent. Car s’il fallait s’en remettre, pour l’avenir de la planète, à cet « Homme-d’abord », seule espèce à avoir trouvé le moyen de détruire la terre en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, on serait mal : bientôt plus de diversité. Plus qu’une seule espèce de riz, de blé. Les forêts millénaires rasées pour des plantations de palmiers à alimenter nos moteurs. Ou de soja pour nourrir des troupeaux de viande. Massacres à la tronçonneuse. Plus d’orangs-outans. Plus de baleines. Plus d’abeilles. Plus de miel... Quand elle a produit cet homme-là, la terre avait sûrement un déluge de trop dans le nez. Et Pierre Dac a pu dire : « Le chaînon manquant entre le singe et l’homme ? –mais c’est nous ! »
Quelle chance donc que l’Évolution : le vilain Mister HYDE que l’homme a été pour l’environnement va se transformer en gentil Docteur JEKYLL !
Et les chevaux retrouveront leurs prairies. Ils ne seront plus confinés en cellules à voir pourrir leurs sabots par l’ammoniac. À tant souffrir de cette vie contre nature qu’ils en attrapent des tics, signes de détresses physiques, mentales et affectives dont on ne mesure jamais assez la gravité. À être réduits à nos trois repas par jours alors que leur système digestif n’est pas fait pour ce régime et ne le supporte pas. On ne les ferrera plus. On ne leur mettra plus de mors dans la bouche parce qu’on se sera aperçu qu’une pensée unie, calme et claire du cavalier, est plus efficace pour communiquer avec le cheval que toutes les mécaniques. On n’enfoncera plus d’éperons dans leurs flancs. On ne les cravachera plus. On aura oublié tout ça parce qu’on aura vu que, quand on avait pu se faire estimer et aimer du cheval, il était tout heureux de nous voir arriver au pré et de quitter momentanément ses congénères pour partir avec nous en balade…
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Cher JEKYLL, mon frère perdu, j’espère que tu n’es pas malheureux chez cet adoptant qui n’a jamais daigné répondre à mes lettres et je te souhaite une très bonne année. Peut-être même nous accordera-t-elle de nous revoir. Qui sait ? Les choses bougent comme nous l’a appris DARWIN. Grâce aux découvertes de qui je conclurai donc sur des paroles d’espoir :
« CHASSEZ LA NATURE, ELLE REVIENT AU GALOP ! » Et, à la barbe des étroites identités nationales, pour nous tous, tous citoyens du Cosmos, frères et soeurs de lait, toutes espèces qui étions déjà en gestation dans les espaces intergalactiques et nourries toutes inter-ÉGALEMENT au sein des Voies Lactées, comme ce bébé antilope au sein de cette sainte maman indienne : GROSSES ET GOULUES ET JOYEUSES TÉTÉES DE BISOUS !
Ton fils et frère François
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